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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 23:55

~~En préambule, je tiens à affirmer que je ne suis pas aigri, que je ne crois pas être un vieux con, mais qu’au contraire je garde toujours en moi beaucoup d’innocence , de naïveté , de pureté et que je suis quelqu'un de chaleureux et de fraternel, terme que j'essaierai de cerner un peu plus loin. Malgré cela, le poids des ans et des expériences font que plus j'avance dans le temps, et plus je me sens mal à l'aise pour aborder ce concept de fraternité universelle. Ce mot a été tellement galvaudé et tellement mis à mal, a fait l’objet de tant de trahisons, depuis l'origine des temps et a donné lieu à tellement de coups de couteau dans le dos de la part de gens qui se disaient frères ou sœurs, que j'ai du mal aujourd'hui à le définir ... La fraternité reste vaine sans la solidarité sans le respect de l’autre, sans la tolérance, sans le besoin de protection de l’autre et surtout en l’absence d’amour et de sens du pardon si besoin en est... Comment peut on oser parler de fraternité universelle quand des loges, voire des Obédiences refusent l’entrée de leurs temples à des sœurs ou des frères non reconnus par eux ? Comment parler de F.U. quand ces mêmes obédiences interdisent à leurs membres de visiter d’autres loges qu’ils ne reconnaissent pas ou dont ils décrètent que leur initiation à eux est la seule qui a une valeur qualitative, car bien souvent en même temps d’ailleurs, quantitative... Comment oser parler de fraternité universelle quand on nie la consubstantialité de l’initiation donnée par la loge et uniquement par la loge, l’obédience n'ayant pas le pouvoir de s’arroger le droit de donner un label de qualité? La fraternité maçonnique puisque c est d’elle dont il s’agit, apparaît alors comme un vain mot. Comment les membres de certaines loges masculines, féminines ou mixtes peuvent ils employer ce mot de fraternité universelle quand ils rejettent l’autre, sous prétexte d’irrégularité, alors qu’il suffit de procéder à un tuilage ferme et rigoureux, pour s’assurer de la qualité de FM de celle ou de celui qui se présente sur les parvis. J’aime bien cette formule rituélique pratiquée notamment au GO quand le 1er S dit au V.M.: toutes les sœurs et les frères sur les 2 colonnes sont réguliers ou connus de nous; en poursuivant tout simplement par : êtes vous maçon ? Mes frères et mes sœurs me reconnaissent pour tels. Cette notion de fraternité universelle est d’ailleurs intimement liée à celle de liberté. Comment en effet ces sœurs ou ces frères dont le rituel leur rappelle qu’ils ou elles sont des hommes et des femmes libres , amis du pauvre et du riche, comment peuvent ils obéir si servilement à leur hiérarchie qui leur interdit de visiter certaines loges, dont les rituels seraient moins maçonniques que les rituels pratiqués dans leur obédience quand on sait que de surcroît, c’est complètement illégal . Comment ces sœurs ou ces frères qui viennent visiter en rasant les murs sans signer le cahier de présence et en oubliant de présenter leurs salutations peuvent ils, ridicules qu’ils sont, oser se dire FM, fraternels et libres, quand ils n’ont pas le droit d être parmi nous; et ils le disent!! Parce qu’ils ont prêté serment !mais de quel serment parle t’on? Le seul que l’on prête lors de l’initiation est: je préfèrerais avoir la gorge tranchée plutôt que révéler les secrets des maçons. Et c’est bien le seul, il ne peut pas être de ne pas fréquenter les autres: les loges se mettraient dans l’illégalité , et les obédiences ne les ont pas mis dans leurs rituels ,et pour cause. Par contre, elles le font croire en imposant un diktat autoritariste, digne d’une secte. Comment alors parler de fraternité universelle quand on n’a déjà pas la liberté de voyager ou de recevoir? Je ne vais même pas aborder l’égalité, car là, on tomberait dans une polémique politique qui nous ferait sortir du cadre de cet exposé, mais quand même ,vous êtes tous conscients que ce triptyque républicain , qu’il soit maçonnique ou profane devrait être remis à sa place selon sa définition étymologique originelle. Alors c’est vrai que je suis désabusé par rapport à cette fraternité universelle qui en général se résume à des mots, bien souvent vides de sens. Et pourtant on a tous à l’esprit des espaces de fraternité forte souvent dans des moments de douleurs intenses. Les exemples ne manquent pas. Mais est-ce de la fraternité ou de la compassion, ou juste de l’émotion ou simplement la prise de conscience de notre état de mortel ? Mais, bon, ces moments existent, et même s’ils cachent autre chose, je veux quand même dire que quand on les partage, il faut les ressentir au plus profond de ses tripes, avec toutes les vibrations qui vont avec... Ah si les hommes étaient moins stupides, s’ils étaient moins vaniteux, s’ils s’intéressaient plus à l’être qu’au paraître, sans doute que le monde tournerait mieux et qu’enfin ils pourraient se retrouver dans notre chaîne d’union fraternelle universelle. Je vous l’ai dit en introduction, je suis reste un doux naïf, malgré mes accès de colère et de révolte contre l’hypocrisie humaine, contre ce besoin d’être le plus fort, de gagner et d’humilier l’autre, de convaincre l’autre qu’il a tort et que c’est moi qui détient la vérité . Voilà les plaies de l’humanité : ne pas respecter l’autre et ne pas tenir compte de sa liberté de conscience...En un mot nier la tolérance ...en clamant malgré tout haut et fort qu’on est tolérant ... Mais j’y crois toujours à cette fraternité universelle, je continue d ouvrir mon cœur, mes bras et d offrir à ceux qui le veulent bien, mon assistance et mon dévouement , sans faux semblant mais au contraire avec sincérité et amour. Pour terminer sur une note optimiste, laissez moi mes sœurs et mes frères conclure en vous racontant cette histoire vraie, qui à elle seule peut résumer la FU. LA DERNIERE TENUE Parti de Drancy vers 6 heures du matin, le train arriva vers 16 heures en gare de Compiègne. Dehors sur la place de la Gare, une dizaine de gros camions, bâchés et ridelles abaissées, attendaient la marchandise humaine. Les portes ouvertes des wagons à bestiaux, livrèrent leur marchandise. Rien que des Hommes, en tenue de ville, en tenue d’artisan, en bleu de travail, qui se rangèrent en colonne par trois. La journée fut longue entre les arrêts pour laisser passer les convois militaires et les bombardements cachés, dans les tunnels. Les camions partirent vers les hauteurs de Compiègne, au camp de Royalieu, une grande cour avec disposée en carré, une série de baraques en planches disjointes, ouvertes à tous les vents, en cet automne 42. Par cinquante, les Hommes furent dirigés vers les baraquements, qui contenaient des paillasses pour vingt Hommes, pas plus… ! Chacun cherchant la « meilleure place, près de la porte pour un meilleur accès aux latrines » ! Appel du matin, appel du midi, appel du soir, repas, enfin ce qui ressemble à un repas, contre appel, voilà ce qui occupa les Déportés de Royalieu. Un soir dans une baraque, Jean le titi parisien imprimeur, fatigué de la monotonie du camp, lança à la cantonade : « A moi les enfants de la Veuve ! » les chuchotements cessèrent, les hommes se regardèrent, certains interloqués, d’autres un peu surpris ; Charles le belge, qui fut Véné de sa loge à Liège intervint : « serais tu franc-maçon ? » Je crois pouvoir dire que mes FF me reconnaissent comme tel, répliqua notre parisien, puis ce fut le tour de Franz un munichois, fuyant les nazis et qui avait cru être tranquille en France, et d’un encore, et d’autres, au total une dizaine de Maçons découvraient qu’ils n’étaient plus seuls, « je ne sais ni lire, ni écrire, j’ai vu la Lettre G, je connais l’Acacia….! Ébahis les autres Déportés regardèrent ces Hommes se donner l’accolade fraternelle. Charles proposa aux FF de la Baraque de faire une Tenue dans les jours à venir. Il faut bien imaginer l‘impossibilité d’avoir des décors, d’avoir les outils symboliques et encore moins des rituels communs. Charles le belge venait du GODB rite français, le Parisien lui maçonnait au REAA, quant à Franz de Munich, lui était au RER ! ` Première Tenue : manquant de tout sauf d’Espérance, Charles ouvrit les travaux, en distribuant les Offices aux FF présents et sans s’occuper des grades de chacun pour le rituel il fut très composite. « Frère premier Surveillant, à quelle heure ouvre t on les travaux ? A midi VM Mais sommes-nous à couvert Frère surveillant ? Nous le sommes VM ! (le couvreur, un jeune Espagnol anarchiste du POUM, avait accepté de faire le guet, près de la Porte) Frères Surveillants, veuillez inspecter vos Colonnes respectives, debout et à l’Ordre mes FF, en faisant attention à ne pas vous cogner la tête, sur la paillasse supérieure, VM tous les Maçons présents sont des maçons dignes de confiance VM, alors nos travaux peuvent commencer. Charles posa une seule question : mes FF comment aider les Déportés de ce camp ? Les travaux étant ouverts, il fut question de donner un nom à cette Loge improvisée, le Frère Franz proposa le nom suivant : La Fraternité Européenne à l’Orient de Royalieu. Proposition acceptée à l’unanimité. Il est bien délicat de décrire la teneur des Travaux de cette Loge, mais ce que je sais, ce fut pour les FF un grand moment de LUMIERE, mais pas seulement, à la fin comme on doit le faire dans une Loge normale on forme la Chaine d’Union, c’est alors que Jean demanda à Charles de faire entrer dans la Chaine tous les occupants de la baraque , ce qui fut fait dans un brouhaha bien sympathique et réconfortant pour tous ces Hommes qui ignoraient leur proche avenir. Pratiquement, tous les soirs, La Fraternité Européenne, ouvrit ses travaux, dans une discrétion difficile à observer, dans un camp de Déportés. On découvrit que dans d’autres baraques il y avait aussi des Maçons et cela renforça la solidarité entre tous les Déportés et peu importe si la majorité était profane, il y avait dans le camp de l’Espoir et non de la résignation. Un soir, de guet, notre jeune anarchiste interpella les Frères ; « attention les Amis ! » Entra dans la baraque, un Feldwebel, d’une cinquantaine d’années, qui surprit tout le monde en se mettant à l’Ordre de Maitre, et s’adressant en allemand à Franz lui dit de faire attention, car le commandant du camp, commençait à avoir des doutes et pour donner des gages il prouva à Franz son appartenance à la maçonnerie, mais compte tenu des circonstances, bien obligé d’être plus que discret, il dit aussi à Franz, qu’il voulait bien être le Tuileur extérieur, pendant ses tours de garde. Les travaux reprirent force et vigueur… La dernière Tenue La dernière Tenue Le Frère Tuileur feldwebel, prit Franz à part : « Mon Frère je dois te dire que demain matin tous les Déportés vont être transférés vers l’Allemagne, à Dachau, et tu le sais mon Frère c’est un camp d’extermination ; informe nos autres Frères… » Ce soir-là, la Loge, la Fraternité Européenne, fut démolie par Charles le Belge, Jean entonna le chant des Adieux et pendant la Chaîne d’Union, peut-être la plus émouvante que l’on puisse connaître, l’anarchiste espagnol lança à la cantonade une Marseillaise qui fut reprise dans tout le camp de Royalieu. Et rien ni personne ne put l’arrêter. Le train s’ébranla, ce fut le dernier train vers la mort…………….. En 1962, un jeune conscrit déposa son paquetage dans les mêmes lits… En 1966, le jeune homme devint Franc-maçon, en lisant les archives et en visitant le camp du Struthof en Alsace, il se devait de rendre hommage à nos Frères passés à l’Orient de Royalieu. 2013, à la place du camp, de nos jours il y a des maisons, des jardins et des gosses, la vie continue…

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